mercredi 14 janvier 2009

La blague du jour

Me voilà de retour à Ann Arbor! Je donnerais des nouvelles plus détaillées sur mes exams, le retour en France, 5 cm de neige à Roissy et ses conséquences...

Mais laissez moi vous raconter très briévement un instant très drôle de bureaucratie à l'américaine qui vient de m'arriver aujourd'hui. Depuis mon retour, je suis en bataille contre l'université qui me fait payer depuis le début de mon séjour une assurance santé que j'ai déjà payé en France. L'état du Michigan demande aux universités de rendre obligatoire une couverture santé devant remplir certaines conditions extrêmement précises. Il m'a donc fallu faire remplir par ma mutuelle un formulaire, un waiver, une sorte d'exemption de frais. Le problème c'est que tant que ces formalités ne sont pas réglées, l'université me bloque l'inscription aux cours du second semestre.

Après une interminable correspondance avec ma mutuelle pour obtenir ce formulaire, je reviens dans le bureau de la personne en charge avec mon précieux papier reçu dans la matinée. Quelques vérifications pour voir si mon plan correspond aux conditions de l'université ; pas de problème, dans la plupart des cas, il dépasse les demandes de l'école excepté un, la maternité! Je le regarde, un peu surpris, et lui dit, un peu embarassé, qu'il y a assez peu de chances que je tombe enceinte. Il me répond que l'université requiert cela car la loi interdit toute discrimination basée sur le sexe de la personne. Mais quelle discrimination y a il ici? Il n'y a qu'un seul cas dans le monde d'un homme ayant pu accoucher, et encore il est né biologiquement femme.

Ce cas anecdotique -ils ont accepté de me rembourser quoiqu'ils l'ont refusé à un autre étudiant d'échange répondant à toutes les conditions sauf la maternité- illustre juste un des fléaux de la société américaine (et dans une certaine mesure la société française) auquel je suis confronté chaque jour : la judiciarisation. Tout est susceptible de mener à un procès et donc tout le monde se protège et personne n'est responsable.

En sortant du bureau, je traverse le bâtiment et passe devant des toilettes unisex, une autre obligation légale. Quelques mètres plus loin, près de la porte, je vois un de ces panneaux jaunes qu'on ne voit qu'en Amérique du Nord et au McDo en France qui vous préviennent que le sol peut être mouillé et maintenant vous pouvez vous casser la gueule, vous aurez été prévenu.

mardi 2 décembre 2008

"It's definitely like creepy": petit glosssaire de l'étudiant américain

Wiki Article: Cela faisait longtemps que je n'avais pas bloggué.Je n'ai plus vraiment le temps d'écrire de longs articles alors que je dois lire jusqu'à 200 pages par semaine et écrire un ou deux essais de 5 à 7 pages par semaine.
Aujourd'hui, je voulais fournir un glossaire des expressions les plus récurrentes du novlangue étudiant américain, une sorte de kit de survie pour les premiers jours dans une université américaine.

Le principe: Wiki article, je commence par mes exemples et vous ajoutez vos propres expressions en commentaires. Pas besoin d'avoir un compte pour contribuer, commentaires anonymes autorisés et modérés. A vos propositions!

Asshole, trou du cul : beaucoup plus utilisé que la traduction littérale française, signifie exactement connard. Tres utile

Awesome, génial : indispensable, utilisé dans toutes les situations même si il n'y a rien d'extraordinaire, exemple: "-I come back from class -Awesome!"

Basically, à la base, en fait: à caser en chaque début de phrase à la place du bien français euuuh... Le basically permet aussi à notre ami américain de dire une généralité bien débile en se couvrant, une sorte de disclaimer: attention je vais faire simple. En général, c'est comme cela que je commence mes généralités sur les américains ou que j'explique quelque chose de compliqué. Je suis en cours là, et à cet instant t, un étudiant vient d'employer son basically pour parler de son sujet favori devant toute la classe, son Blackberry.

Blackberry: imaginez vous un étudiant (normal) en France en permanence connecté avec ces emails? Ici, c'est tout à fait courant. Le téléphone est à la taille des voitures, énorme. Comme dans Gossip Girl, les filles passent pas mal de leur journée sur leur Blackberry sur le service de messagerie instantanée, souvent en cours, entre deux vérification de la qualité des ongles. Dans la plupart de scours, les étudiants font la même chose que moi à cet instant, ils écrivent mails, blogs, chattent ou font un petit mot croisé en ligne.

Bummer!: j'ai découvert cette expression lors de mes soirées Halo avec les gens de la coop. En gros, cet idiome donne un peu de diversité au traditionnel shit! ou fuck!.

Creepy: Il peut signifier flippant comme le film d'horreur du même nom, mais il remplace souvent awkward, dans le sens d'une situation qui met les gens mal à l'aise. Les américaines l'emploient tout le temps. Par exemple, si vous employez le prochain mot dans son sens français, "where can I take a douche?" dans votre plus mauvais anglais, elle répondra avec un regard mi-dégoutté, mi-effrayé, "That's so creepy!"

Douche bag: Quand on apprend l'anglais, les faux amis sont l'une des premières choses sur laquelle nos profs d'anglais insistent. Alors on nous apprend library, affair, camera, tous ces petites confusions sympathiques repertoriées dans des listes, mais jamais personne ne nous avertit sur le sens du mot douche! Une confusion peut vous traumatiser un français en voyage aux États Unis. Oui, douche signifie une toilette vaginale. Et de là découlle une insulte assez proche d'ass hole, douche bag, inutile d'en décrire plus.

Keg : l'objet indispensable de toute bonne soirée étudiante. La keg, c'est un fut de bière d'environ 15.5 gallons, c'est à dire 58.7 litres. En haut de la bête, on place une sorte de pompe qui permet d'avoir une bière pression bon marché, pratique et écolo car sous consigne. La Keg est au coeur du dispositif de socialisation étudiante américain : elle permet de débuter la soirée et être rapidement amoché en jouant au beer pong. Ce jeu, personne ne peut y échapper, il s'agit de viser les traditionnelles cups rouge disposées à chaque bout de la table. L'étalon en général est une table de ping pong. Deux équipes s'affrontent et dès que la balle tombe dans la cup, on doit boire cul sec. Comme vous l'aurez compris, c'est assez basique, drôle au début ; toutes les semaines, ça devient chiant comme le football américain.

Like : je rentrais de mon fall break, passé à New York avec mes potes français de Sciences Po en stage là-bas. Pour rentrer à Ann Arbor depuis l'aéroport de Detroit (une demi heure de route), des bus avaient été affretés pour les étudiants. Content de rentrer dans mon nouveau "chez moi", je m'asseois dans le bus et horreur, une révélation me vient à l'écoute de la discussion des filles d'à côté. L'américaine classique, type soriorité, modèle blonde. Terrible instant de prise de conscience de la pauvreté du vocabulaire de ces filles, et surtout effarement face à la répétition du mot "like". Il y a comme une sorte de ségrégation sociale dans l'hésitation : quand le prof réfléchit à ce qu'il va dire, il emploie élégamment le mot "well" bien académique qui nous a été enseigné. L'étudiant ordinaire, lui, ponctue sa phrase d'environ 3 ou 4 "like" en heures de pointe. Depuis, j'entends des like de partout et ça devient une sorte d'obsession.

Geez!, Oh my Gosh!: Les filles, modèle soriorité généralement, ont un langage assez limité vous l'aurez compris. En plus d'employer sans cesse le mot "like", chaque histoire du type "creepy" que vient dans la conversation et qui est un peu original, est accompagné d'un "oh my gosh!", version soft du Oh my God!


A vous!

mardi 4 novembre 2008

Jour d'élection à Ann Arbor

Drole d'ambiance ce matin à Ann Arbor, mon roomate s'est levé tot ce matin, 8h c'est vraiment son record absolu normalement c'est plutot midi - 13 heures. Something strange in the air! Jason a de suite enfilé son costume de bon citoyen, un costard gris un peu surtaillé, une chemise française de marque "Fil à fil Paris" et sa cravate favorite. Ses grosses Vans noires trouées, ses cheveux longs et sa grosse barbe rappelaient juste l'anarcho-socialiste que je commence à bien connaitre et vraiment apprécier. Il me faisait penser à ce qu'il m'a raconté sur pourquoi on vote le premier mardi du mois de novembre aux États Unis. Cela vient de l'Amérique puritaine du 18e siècle, il fallait que le citoyen farmer puisse aller à la messe le dimanche puis partir vers la grande ville en une journée à cheval pour voter le mardi. Ce doit etre le premier mardi après le premier lundi de novembre : novembre car c'était le plus pratique pour les fermiers et le apres le premier lundi pour éviter que cela tombe pendant la Toussaint pour que les Catholiques puissent honnorer leurs morts. Donc mon Jason je le voyais bien ce matin monter sur son cheval pour aller voter avec son costume et sa barbe. Il envisage peut-etre de monter une ferme ou de créer une épicerie commerce équitable où les gens pourraient acheter des produits et les faire cuisiner directement, tout un programme.

Dans les rues, les gens portent un petit sticker avec le drapeau américain "I voted". Les démocrates se sont pressés sur le campus pour rappeler aux gens de voter mais vu que tout le monde en parle de toute façon, ils servent un peu à rien maintenant. Donc ils sont là, ca les occupe, les Américains adorent faire des micros manifestations inutiles. Tous les jours sur le Diag, le centre du campus, on a le droit à des pancartes en faveur de la recherche sur les cellules souches, la marijuna therapeutique, des prêtres qui pendant 3 heures durant nous expliquent que nous méritons l'enfer parce que nous sommes des fornicateurs qui pratiquent la masturbation. Au début, on s'arrete pour écouter ; puis on s'y habitue c'est comme le menu du jour : aujourd'hui Darfour et démocrates, demain Jésus et l'association des étudiants indiens. Aujourd'hui, c'était pour ça un jour ordinaire sauf que c'est la fin de la campagne, les espoirs vont devoir se traduire en politiques. Nos étudiants vont se faire chier maintenant, il va falloir leur trouver un nouveau passe temps.

Ce qui est beaucoup plus intéressant c'est les campagnes locales. Ici, dans le Michigan, les électeurs votent pour deux propositions populaires soumises à référendum local sur la marijuana à usage thérapeutique et la recherche sur les cellules souches. On vote aussi pour le shérif, le juge du district, son représentant au Congrés de l'État, le conseil municipal, et plein d'autres.

Bref, la journée électorale était une journée particulière, je pourrais dire j'étais là mais franchement il ne c'est pas vraiment passé quelque chose, juste une drole d'ambiance. Tout le monde est dans l'expectative, meme si on est sur à 97% du résultat! Le sentiment que l'histoire s'écrit ce soir? Peut etre, moi je vais faire la fete en tout cas!

P.S. : je vais proposer à Jason de faire un twitter avec des news exclusives, il lit plein d'articles originaux tous les jours,alors je vais voir si je peux pas partager ça avec vous

jeudi 16 octobre 2008

Détroit : sous la rouille, l'espoir

Voici un article que j'ai écrit il y a quelques jours après de la campagne présidentielle américaine pour le journal de Sciences Po Aix, "L'Aixhaustif". J'étais limité à 2000 caractères donc c'était très bref pour traiter le sujet : mes impressions sur la campagne présidentielle.

Ce week end, c'est le fall break, je serais à New York et peut etre je bloguerai. Tiens, j'aime bien cette photo du dernier débat, elle illustre bien la situation de McCain même s'il cherchait en fait à serrer la main du présentateur


Ann Arbor, siège de l'Université du Michigan est à bien des égards une sorte de presque-île dans cet état industriel en crise de la Rost Belt,la ceinture de la rouille. Bastion démocrate, elle a vu naitre pêle-mêle Iggy Pop, le mouvement des maisons coopératives étudiantes, l'Affirmative Action dans les universités, les Peace Corps- une agence gouvernementale créée par Kennedy agissant pour la paix dans le Tiers Monde. Militer ici pour Barack Obama revient à prêcher chez les convaincus. Pas moyen de marcher 50 mètres sur le campus sans se faire arrêter par un volontaire chargé d' enregistrer sur les listes électorales de nouveaux électeurs potentiels.

Côté McCain, sur le campus, on se fait plus discret. Les quelques républicains que j'ai rencontré penchent pour McCain par tradition, l'identification partisane ou fameux paradigme de Michigan (cf cours de science politique de Traini). Sarah Palin les a définitivement discrédités. Ses rêves de «shining cities on a hill », son identification aux « hockey mum », ces mères au foyer qui accompagnent leurs enfants au sport, font plus rire qu'attirer l'électeur étudiant.

La réalité de cette campagne, je l'ai vue lors d'un meeting de Barack Obama à 40 km d'ici à Détroit, la ville la plus pauvre des États Unis. Se promener dans la Motown a un petit côté civilisation disparue. Les buildings à l'architecture extravagante ont pour beaucoup des étages vides, tagués , aux vitres cassées. Des métros vides, des égouts mal entretenus et de sympathiques odeurs, rappellent la crise de l'industrie automobile et ses nouveaux pauvres. Certains quartiers commencent même à être rattrapés par la foret, inhabités. Mais en ce jour de fête du travail où les syndicats défilent, le coeur de la ville reprend vie. Les militants d'Obama sont venus par milliers voir leur idole, beaucoup d'Afro-Américains qui reprennent espoir en la politique. Religieusement, ils chantent avec ferveur « Yes we can! ». Les t-shirt Obama , certains kitsch en paillettes avec une photo du couple Obama s'enlaçant, me rappellent les fans de Johnny plutôt que des militants. Un quart de discours m'ont suffi à constater l'admiration et l'espoir que portent les classes populaires désespérées de Détroit pour le candidat démocrate.